Dimanche dernier, une apparition. Revenu de ma visite de la Maison de Balzac par la rue de Rémusat (pensée émue devant le 14 pour Monique), j'achevais mon périple dominical en métro quand, station La Motte-Piquet, une femme chapeautée et vêtue d'un élégant tailleur marron surgit du bout du quai. A son approche, je pensais - honte à moi - fortement : "Mais qui est cette bourge, qu'est-ce qu'elle vient foutre dans le métro ?" Sauf qu'en la croisant je m'aperçus, malgré ses lunettes noires, qu'il s'agissait de Fanny Ardant. Oui Fanny, autant dire l'inoubliable Eva de "Padale douce", mon film culte du lycée avec ses répliques mythiques (Tout c'qui dépasse ça t'dépasse, Pépito champagne, Un pas en avant un pas en arrière ça nous mènera pas bien loin : ça nous mènera pas au Lutécia en tout cas, Giflée violée : quelle soirée, le haut de la vague j'ai pas vraiment connu... bref j'en passe). Ou encore la femme passionnée de "la femme d'à côté" qui pouvait dire "n'oublions pas le sucre" avec un accent plus que classe et assénait "pour aimer, faut être aimable et moi je ne suis bonne à rien". Ou encore la Pierrette de "Huit femmes", l'héroïne de Resnais, la garce de "Ridicule". Sans oublier sa réplique phare : "Vous êtes aveugle, ça crève les yeux que je vous aime, même les aveugles finissent par s'en rendre compte". Inutile de poursuivre, je suis archi-fan de cette actrice, si particulière et envoûtante. La croiser quelques secondes n'a en rien diminué mon admiration. Elle semblait évader d'un film, complètement décalée comme toujours. Détonnante dans cette rame de métro, ailleurs et pourtant inévitable. Souveraine. L'étincelle dans le sordide. Une apparition, une taille parfaite, au-delà de la classe. Fanny ou une part de rêve.