jeudi 8 mai 2008
Monotonie salutaire.
Je suis une routine affligeante ces jours-ci. Résumable en trois mots : métro-boulo-dodo. Même plus la force de taper dans l'originalité. Quand je pense que certains affirment que les fonctionnaires bullent, ça me donne des envies de meurtres. Je me pointe tous les jours à 7h50 rue des Francs-bourgeois et le service ne chôme guère. Je ne sais pas combien de temps nous arriverons à garder le rythme mais la saturation se fait sentir. Je crains que nous n'explosions très bientôt. Mauvaise coordination entre les services, décisionnaires frileux, agents bouillonnants et qui se croient tout permis... Inutile de rentrer dans les détails. Gérer du personnel ne relève en rien de la sinécure. Dès septembre, je me replonge dans la préparation de concours et essaye de trouver un autre poste. M'occuper de demandes mesquines ou des problèmes personnels de personnes dont je me fous commence à insupporter plus que de raison. Et puis attendre trois mois une signature me paraît inconcevable. Avec cette réponse invariable : "Oui mais R. est débordée". Et nous, on se roule la bite ? Rien à foutre que cette godiche doive assumer ses trois gosses et son poste à haute responsabilité, personne ne l'a obligé à prendre ce job. Désormais, je relance et mets dix destinataires en copie, quitte à inonder de mails mes interlocuteurs. En fait, plus ça va plus je m'en fous. Cet après-midi, je ne suivais pas la réunion sur les prochaines élections paritaires. Je me demandais s'il valait mieux relire Du côté de chez Swann ou passer directos ou tome II de la Recherche. Si je n'aurais pas mieux fait de faire le forcing auprès de Chouchou pour qu'il prolonge la date de validité de la carte de bibliothèque paternelle pour que je prenne "la charrette fantôme" et "les deux Anglaises et le continent" à Portefoin. Si je n'allais pas déguster une glace au melon chez Berthillon en sortant. Si je devais débroussailler ma chevelure ou non, vu que j'avais de plus en plus de reflets blonds naturels. Bref,rien à secouer de ce qui se disait. d'ailleurs, tout le monde s'en foutait. Alors, marre de jouer le mec concerné. Moi aussi je suis débordé, à bout, plein de problèmes personnels et pourtant je reste de bonne humeur au boulot, je m'efforce de trouver des mots gentils pour tout le monde et d'amuser la galerie. Voire de préparer des gâteaux pour le service. Alors pour une fois, j'ai envoyé au diable vauvert ces dossiers passionnants.
Heureusement qu'il me reste les quetsches et les mirabelles de chez Picard pour décompresser le soir !
les meilleurs discussions : celles qu'on aura jamais
Au programme ce jeudi férié : repassage, lecture (Le Disparu de Hans-Ulrich Treichel, une belle découverte),une heure et demie de farniente au jardin du Luxembourg avec Romain puis ciné boulevard St-Germain vers 18h pour voir "Teeth", une comédie à l'extrême limite de la série B mais bien troussée. Une jeune militante pour la chasteté avant le mariage découvre, un jour où elle est violentée par un prétendant, que sa partie la plus intime sectionne tout membre indésirable... Tout un programme.
mercredi 20 février 2008
"Je ne veux qu'une seule chose : que tout le monde soit heureux".
Je revoyais "Merci pour le chocolat" de Chabrol. Je me souviens de tout concernant ce film : mon attente après l'annonce du projet, l'avant-première au MK2 Beaubourg, mes impressions à la sortie de la séance, la deuxième vision à Toulouse vers 22h. Ce que j'en pensais, ce que le sujet m'inspirait, ce que j'en retirais. La découverte de l'affiche aussi au Gaumont Ambassade. L'achat du dvd à la Fnac St-Lazare. En me replongeant dedans, les répliques ressurgissaient. Le débit si particulier dans cette oeuvre d'Huppert aussi. Parfois certains tics me reviennent.
Rien de tel que la réception d'un sms pour gâcher une soirée. Surtout quand trois phrases vous démoralisent en quelques secondes alors que l'expéditeur vous envoie juste de ses nouvelles. Dommage que les mails ne se perdent pas parfois. En bon cyclothymique, je peux ruminer pour dix mots accolés qui me déplaisent ou m'annoncent un fait qui me déplaît. Une fâcheuse tendance à analyser chaque virgule et chaque position d'adjectif afin d'y découvrir une intention n'améliore rien. Comme l'auteur de ce mail ne lit pas ce blog, je peux en parler librement et crier haut et fort que j'attends que la situation annoncée se détériore. Comme l'affirmerait avec force Carmen "Il / elle ne l'aime pas". Reste que devoir subir un bonheur aussi ignominieusement proclamé me donne envie de pousser une gueulante ! Ça dégouline de bons sentiments ce message. Comme me le disait un ami (je respecte ton identité !), le prénom veut ça. Pourtant, rien ne l'annonce vu les prédécesseurs littéraires.
mercredi 30 janvier 2008
Parfois, mieux vaut mettre un écran...
Je pensais passer à travers l'épidémie de gastro mais je rentre, malgré de multiples précautions, dans le cercle de ses victimes. Je me sentais flagada avant-hier et, la nuit précédente, je tremblais comme Jean Marais dans les dernières scènes de "L'éternel retour", ne trouvant pas de moyen de me réchauffer. Résultat, une nuit blanche et une visite chez le médecin - qui ne paraissait pas étonné par mes pics de fièvre ! Désormais, si vous n'approchez pas la période de phase terminale, vous ne les intéressez pas.
En revenant par la ligne 9, deux détails incongrus me frappèrent. Tout d'abord, un type au visage mangé par des lunettes de soleil à la Paris Hilton qui discutait avec un rasta. Ce dernier semblait fasciné par le perroquet juché sur les épaules du premier. Et cette saleté d'animal qui voulait lui filer des coups de bec. Je fixais la bouche de cet oiseau sournois. Je n'avais jamais remarqué comme leur gueule est laide ! Je craignais de le voir foncer sur moi et de jouer aux héros hitchcockiens. Surtout que "Les oiseaux" ne figure pas en tête mon classement "Sir Alfred". Puis, à la station Voltaire, la vision d'un miséreux arborant une couronne de galette des rois. Je préfère repenser à Deneuve dans "Les paradis de Cherbourg" qui refuse d'en mettre une sur sur sa tête avant de céder aux instances de sa mère.
Afin de ne pas perdre mon après-midi, je me suis repassé "Les chansons d'amour". C'est étonnant comme certains films arrivent à monopoliser mes pensées. Depuis gamin j'arrive à retenir des dialogues et peux me repasser certaines scènes en boucle. Monomaniaque ? Juste un peu !!! Rester un mois enfermé à visionner des films ne me poserait aucun problème... Pour en revenir à celui de Christophe Honoré, je sens que certaines répliques vont souvent ressortir de ma bouche. En salle, je reste souvent frustré de ne pouvoir noter certaines réparties. Là, j'apprécie énormément son côté Nouvelle Vague sans trop appuyer le trait. Aussi libre et à la frontière du ridicule que certains premiers Godard ou Chabrol, quelquefois mal-joué (volontairement ?) et casse-gueule. Et puis, voir des personnages un livre à la main me ravit, je trouve toujours suspect qu'on ne lise pas. Un appartement sans bibliothèque me donne envie de partir. Pourvu que les rayonnages ne renferment pas les best-sellers à gerber, juste bons à caler une table bancale (vous voyez lesquels je vise ! Les "Da Vinci code", "L'alchimiste" ou proses de Guillaume Musso entre autres). Enfin, j'adore les comédies musicales françaises, enfin sur pellicule, pas sur scène avec des refrains sirupeux et des chorégraphies de Kamel Ouali (ok, je ne connais rien, il y a des centaines de milliers de personnes qui vont les voir, signe révélateur que c'est super). Demy bien sûr. Moi qui passe mon temps à fredonner dans les rues et les transports en commun, je prends mon pied à voir des acteurs chantonner et exécuter des chorégraphies dans une rue ou en escaladant un balcon d'immeuble. Je ne m'explique pourtant pas pourquoi les chansons des films musicaux semblent si ridicules lorsqu'on n'a pas vu les oeuvres. Elles leurs appartiennent. L'un des thèmes du film me fascine également : les diverses réactions suite à la mort d'un être proche, l'attitude non traditionnelle du héros. Je dois m'y retrouver vu que ma famille me prenait pour un monstre d'égoïsme au décès de ma grand-mère (heureusement que Véro peut témoigner en ma faveur sinon je douterais moi-même eu égard à certaines remarques). Et puis mine de rien ce film donne sacrément envie d'être amoureux. Ce qui n'arrive pas tous les jours. Moralité : j'encourage le plus grand nombre, que dis-je ? la totalité de mon lectorat à regarder "Les chansons d'amour" et à dépasser ses à-priori.
Aujourd'hui, zonage complet sur le canapé, entrecoupé de machines à laver et de linge étalé sur le séchoir. Sans oublier le tri des chaussettes. Revu "Le roman de Marguerite Gautier" de Cukor. Robert Taylor a beau être à tomber et jouer à merveille les amoureux transis (dire qu'il ne parlait dans les dîners mondains que de ses fermes et de ses troupeaux), je ne me souviens que de Garbo. Son jeu ironique, sa lassitude, son regard. Son visage. Sa façon de jouer la mort de l'héroïne sans en faire des tonnes, en mourant sans effet. La plus bouleversante des Dames aux camélias. J'aime l'idée qu'elle ait confié à un ami au sujet de son abandon du cinéma : "J'en avais assez de faire des grimaces". Certaines devraient suivre son exemple.
jeudi 13 septembre 2007
L'éternel retour.
Ce qui rend la vie souvent piquante, à mon sens, reste cette incroyable ironie du sort qui réveille en nous ce que nous cachions soigneusement depuis peu ou depuis longtemps. Mine de rien, on endort facilement tout seul ce qui nous dérange ou nous parait impossible (voire irréalisable), on oublie en gardant dans un recoin de notre cerveau l'idée que cela resurgira un jour ou l'autre. Du bon comme du mauvais, de l'agréable comme du déplaisant. Une anesthésie naturelle et précaire. Et bien souvent un élément extérieur s'amuse à nous rebalancer de plein fouet ce que nous pensions mis entre parenthèses. Tout dépend alors du réveil. Les réactions ne se révélant pas toujours conformes à celles que nous suppositions ou espérions.
Bref, ce laïus me permet de relativiser et de prendre à la légère une situation que je redoutais en l'imaginant sans cesse bien plus lointaine qu'elle ne l'était en réalité. Alors, hop, je vais prendre mon courage à deux mains et l'affronter gaillardement. Finalement, l'inévitable n'a pas d'importance.
samedi 1 septembre 2007
1h pas dormir, 2h point dormir, 4h...
Après deux journées bien agréables, passées en compagnie de Carmen, Jean-Charles et Ruben (bientôt les photos ?) puis mon grand-père, je pensais me légumer en revoyant des bons vieux classiques sur la 16/9e parentale... Souhait exaucé avec "L'aigle à deux têtes", accompagné d'un thé à la bergamote (le détail qui tue et qui n'intéresse personne !) et de chouquettes. Je pensais me coucher tôt et repartir du bon pied demain matin. A force de virevolter par ici et ailleurs, les heures défilèrent et le marchand de sable passa dans la maison suivante. Trop fatigué pour visionner un nouveau film, j'errais comme une âme en peine sur la toile attendant de tomber de sommeil. Pour une fois, je flânais "guéri de tous mes maux, c'est assez rare pour que je le précise... D'habitude, j'ai le moral à zéro !" (pari gagné, je viens de caser ces quelques phrases de De Palmas). Quand survint LE détail qui enraya ma belle humeur. Je concède qu'il faut un cerveau aussi détraqué que le mien pour détecter ce qui m'agace au plus haut point. Je suis ultra-intelligent qu'y puis-je ? Je détecte tout. Véro pourrait témoigner de ma faculté à découvrir ce qui passe inaperçu d'ordinaire. D'accord, dans cette affaire, mes suppositions ne tiennent qu'à un fil mais je pense ne pas me tromper. Mon sixième sens me souffle qu'à nouveau je découvre un os pas anodin pour deux sous. Je sens que d'épuisants échanges de mails ne parviendront pas à tirer au clair cette haute trahison. Pourquoi d'un élément infime arrive-t'on à fabriquer son propre récit, à créer des certitudes ? Déjà en cours, je remarquais le détail qui ruinait une théorie, soulignait la précarité d'un raisonnement, ce qui décontenançait les professeurs. Comme je joue les benêts à loisir, j'étudie tranquillement les situations qui se réduisent en peau de chagrin. Je rêve parfois de devenir demeuré et de ne plus autant cogiter. Je dormirais plus et je vivrais plus sereinement...
Pourquoi ne pas déballer publiquement ce qui me tracasse ? En premier lieu, je ne peux rien affirmer à 100 %, deuxièmement, mon tracas mettrait en cause une personne honorable (c'est le cas de le préciser...) et surtout, je conçois que cette vétille ne risque pas de passionner les foules. Mais je ressens le besoin impérieux de m'exprimer et de ne pas garder pour moi cette rancoeur découlant d'une tartufferie. Mes vrais intimes comprendront immédiatement de qui je veux parler...
